L’obligation scolaire et « l’emprise » de l’EN sur les enfants instruits en famille.
L’obligation scolaire et « l’emprise » de l’EN sur les enfants instruits en famille.
La nouvelle circulaire fait suite à une période au cours de laquelle les contrôleurs ont tenté d’imposer les évaluations nationales aux enfants en IEF, suscitant un vif mécontentement, car très souvent, les inspecteurs ont méprisé les travaux écrits des enfants produits au cours de l’année et présentés par les parents comme preuve de l’enseignement fourni: la caste des pontifes de la pédagogie dédaignait la pédagogie parentale, qui admettons-le peut aller du meilleur au pire. Mesurer par des tests l’enseignement fourni, c’était certes une façon de contrer les ruses grossières de certains parents complètement déjantés qui allaient jusqu’à prétendre que les apprentissages informels (comprenne qui pourra) ne laissent pas de traces écrites. Il y a aussi des parents qui ne disposent pas d’un niveau culturel suffisant pour instruire leur enfant car instruire suppose que l’instructeur dispose lui-même d’un bagage !
La vraie motivation de l’EN concernant la réforme du contrôle de l’IEF qui privilégie l’évaluation de l’enfant par des “exercices”, c’est de mettre les parents en défaut par rapport aux performances et aptitudes de l’enfant, car il y a en IEF des enfants qui peinent dans les apprentissages et leurs parents optent pour l’IEF afin d’adapter l’enseignement et permettre à leur enfant de faire une scolarité épanouissante sans tomber dans la catégorie des enfants en échec scolaire. Il ne faudrait pas assimiler l’IEF à l’unschooling : bien des familles ont conscience de leurs obligations, tout en cherchant un autre modèle d’enseignement que le modèle scolaire : ils cherchent à concilier la notion d’épanouissement de l’enfant avec la nécessité de l’instruction. D’autres optent pour l’IEF simplement pour fuir l’école, éviter à leurs enfants de subir la compétitivité, l’esprit de performance et le formatage, conscients que l’école est prête à tout pour imposer ses objectifs de rendement et d’endoctrinement. Le souci des parents en IEF n’est pas de faire du productivisme. Il en est cependant qui seront satisfaits de cette nouvelle procédure de contrôle, car pour eux l’IEF doit être une école de la réussite et quand l’école ne la garantit plus, ils assurent l’enseignement à domicile . Que ceux-là acceptent les “exercices” reste leur choix, et je pense que leurs enfants y seront préparés, mais pour les autres, les exercices sont un retour en force de l’idéologie normative et productiviste, c’est une totale contradiction avec un mode d’enseignement en famille qui privilégie une tête bien faite sur une tête bien pleine . Nos enfants s’instruisent et mais restent libre de faire usage de leurs connaissances. Ils ne sont pas programmés pour les restituer au coup de sifflet et en temps chronométré.
Devant un tel bilan on se demande comment les IDEN, VRP de l’enseignement public, peuvent venir dans les familles avec l’arrogance dont ils font preuve. Il ne faut pas se leurrer : ils ne s’embarrassent d’aucun scrupule pour exercer leur mission de recruteur d’enfants pour le compte d’un système qui masque ses dysfonctionnements, ses méthodes et ses objectifs. Mais sont-ils volontaires ou contraints par les inspecteurs d’académie à cette déplorable besogne dans le but d’éradiquer l’IEF ? Les recruteurs viennent donc “cueillir” les enfants à domicile pour les remettre à l’école, à ses rased, à ses dispositifs de soutien individualisé, à ses psy scolaires, à ses commissions d’orientation, à ses béquilles ( les CMPP et les orthophonistes) , plutôt que de les laisser vivre et s’instruire en famille sans porter d’étiquette, et sans subir l’acharnement de fonctionnaires qui ont le nez sur les quotas de performances de l’industrie scolaire.
Bien entendu en famille, les enfants ne seront plus en droit de prendre du retard au regard des standards scolaires, ni de présenter des difficultés d’apprentissage : tout devra désormais tourner sans grain de sable, selon un itinéraire pédagogique qui sera certes programmé par les parents et laissé à leur choix, mais qui sera mis en cause au premier signe de sous-productivité… Ne tombons pas dans le piège : pour l’EN tous les chemins pédagogiques mènent non pas à Rome, mais à l’EN : à 16 ans, le jeune devra avoir acquis tout ce que décrète le décret (le socle commun des connaissances et compétences) !!! L’itinéraire choisi librement se heurtera à l’obstacle des programmes dont la lourdeur que dénoncent les enseignants eux-mêmes comme facteur d’échec, et comme processus de crétinisation, ne pourra que donner lieu à « du gavage ». L’itinéraire pédagogique devra être sans faille, sans retard. Tout retard exposerait les parents à des injonctions de réussite. Comment des parents qui n’ont jamais été reconnus dans leur compétence à instruire leurs enfants, considérés comme des usurpateurs, des imposteurs, pourront-ils être en mesure de justifier de leurs choix face à une administration méprisante, dogmatique et totalitaire ?
Comme si l’EN dont l’incompétence actuelle n’est plus à démontrer, pouvait se hausser à la dignité d’expert en pédagogie, elle qui produit des générations de jeunes sous-cultivés ! Faut-il encore rappeler les enquêtes et les rapports qui tous accusent l’EN d’être tombée dans l’idéologie et d’avoir tourné le dos à l’instruction, de faire de l’éducation au lieu d’enseigner, d’offrir aux enfants des parcours scolaires dévalués et de les stigmatiser par “l’échec scolaire”, une invention de l’EN pour justifier son incompétence! Désormais plus de bricolage en famille, plus de méthodes et de chemins hasardeux pour arriver à faire acquérir le programme aux enfants : Dieu et l’EN ne le veulent pas, comme dirait Bénureau ! Il faudra de la rigueur et de la productivité : des résultats que les voyeurs patentés de l’EN vont examiner à la loupe, car quand ils s’agit de foutre son nez dans la cuisine familiale, ils ont un sens aigu de la responsabilité et rien ne leur échappe. A l’école, oui, on peut se permettre de cultiver l’inculture, de bricoler pendant des années (l’enfant n’y construit–il pas lui-même son savoir… s’il échoue , n’est-il pas responsable?) et même d’entrer en 6ème sans savoir lire et écrire, mais l’EN n’a jamais rien à se reprocher concernant ses ratées, car elle dispose d’appareils auxquels elle soustraite le suivi des enfants « en difficulté », donc le problème ne la concerne plus. Les sous-traitants ne la mettent d’ailleurs jamais en cause, c’est un contrat tacite : « je te fournis en échecs scolaires et tu soignes l’enfant et les parents pour névrose familiale » : c’est un contrat immoral que Sophie Coignard n’aura certainement pas manqué de constater. L’EN peut, à défaut d’exercer ses talents dans la pédagogie à l’école, se promouvoir au rôle d’expert en contrôles, faire des rapports à charge contre les parents, trouver des exercices bien scolaires qui mettront les enfants en « échec » et placeront les parents au mur. Loin de moi l’idée que tous les parents en IEF soient crédibles (il me suffit de rappeler que je milite contre la présence des parents partisans de « l’unschooling » au sein de l’IEF), mais il semble que pour l’EN, nul parent n’est apte à enseigner et que l’enseignement en famille est par principe un détournement de la voie « naturelle » qui exige la scolarisation et la socialisation dans les ghettos scolaires des banlieues notamment : les déserteurs sont donc indéniablement « des coupables ». Cette voie naturelle et prioritaire a été affirmée dans la loi de 1998 et quiconque se demande si la loi n’est pas fabriquée par l’EN et par ses dévots est passible du goulag.
Si retard ou échec il y a dans certains apprentissages , les parents devront se justifier, car il va de soi que si l’enfant ne réussit pas, c’est parce que l’enseignement en famille est inadapté. Tandis que le grand inquisiteur prendra note, rédigeant son rapport qui sera ensuite porté à la connaissance du juge suprême départemental ( l’I.A) en vue de faire un portrait des parents et de l’enfant, les observations et jugements seront ensuite engrangés dans le fichier scolaire, de telle sorte qu’avant d’entrer dans la vie adulte, l’Etat disposera de toutes les informations sur la dangerosité et la conduite du jeune adulte : la belle vie quoi ! La dictature scolaire est tellement entrée dans les normes que personne ne se pose plus de question concernant les limites de la vie privée de l’enfant : « de quel droit l’Etat-flic et ses chiens de garde peuvent-ils s’approprier l’enfant, ses faiblesses, ses désirs et ses aptitudes ? Une question qui ne peut émouvoir que quelques marginaux égarés dans un monde de productivisme et de transparence, des naïfs qui lisent encore Catherine Baker. J’en fus.
L’emprise pour ceux qui ne le savent pas, c’est le fait de refuser à l’enfant l’autonomie que recommande la corporation des pédagos, soutenue par la secte des psy (qui a sa part de gâteau dans la réparation de l’échec scolaire). L’autonomie est d’ailleurs une des sept « compétences » inscrite au programme du formatage scolaire, mélange de connaissances, d’aptitudes et de normes de comportements… sept compétences qui font le pendant des sept péchés capitaux ! Refuser l’autonomie, c’est tout simplement refuser de scolariser, car depuis que la Royale Gourdasse a produit la 1ère circulaire en 1999, l’école se targue d’être une institution « éducative » qui garantit l’autonomie des enfants et leur bonheur, comme chacun le constate depuis plusieurs décennies. Depuis les années 1980, depuis l’arrivée des pédagogistes et des réformateurs de la gauche caviar dans le système scolaire, l’école ne garantit ni la Culture ni un niveau de connaissances élevé à 16 ans : elle ne garantit que la médiocrité scolaire et la séparation entre l’enfant et les parents. Si l’école ne fait pas le bonheur de l’enfant, peu s’en faut, elle fait celui des pédagos, car durant le temps scolaire, les parents sont mis au placard et les éducateurs s’en donnent à cœur joie… mais pour le reste, comme on dit dans les banlieues, Inch’Allah ! Disons-le sans détour, la scolarité obligatoire, c’est la médiocrité obligatoire.